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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 21:57

TRIBUNES -  le 9 Octobre 2012

Agora

La vie fulgurante de Jean Zay

 

 

Pour sa quatrième saison des Figures d’humanité, les Amis de l’Humanité, en partenariat avec la Maison de la poésie, ont rendu hommage à Jean Zay, ministre du Front populaire assassiné en 1944 par des miliciens français.

Jean Zay (né en 1904, à Orléans), dont un lycée porte le nom, a été joliment honoré, samedi après-midi, à la Maison de la poésie (1). Député à vingt-sept ans, ministre à trente et un (nommé par Léon Blum), prisonnier politique à trente-six, assassiné à trente-neuf ans, cet homme a eu un itinéraire hors du commun.

Jean Zay n’est rien de moins que l’instigateur de la démocratisation du savoir et de la culture, du théâtre populaire pour tous, du CNRS, de la démocratisation des musées, de la défense d’un droit d’auteur, du Festival de Cannes (imaginé en 1938 !), de la Cinémathèque française, de l’école obligatoire jusqu’à quatorze ans, des classes découvertes en plein air, de la pédagogie moderne (un enseignement plus vivant), etc. Jean Zay était un ministre de l’Éducation visionnaire.

Son credo :

« La République repose avant tout sur le civisme et l’intelligence des citoyens, c’est-à-dire sur leur éducation intellectuelle et morale (…). »

  Il est « contre les utopies révolutionnaires ». Pour lui, la politique est ce « mouvement par lequel l’humanité s’approfondit et devient en quelque sorte plus digne d’elle-même ».

Juif, franc-maçon, partisan de l’union des gauches et du soutien de l’Espagne républicaine, antifasciste et antinazi, ministre de l’Éducation, Jean Zay est très tôt considéré par la droite extrême (celle de Rebatet) comme l’homme à abattre. Le 20 juin 1944, il est éliminé dans des conditions abominables et honteuses. Après un simulacre de procès, il est dénudé et tué d’une balle dans le dos, puis jeté dans un puits, avant d’être grenadé pour qu’il ne reste rien de lui.

Comme l’a rappelé Charles Silvestre, Jean Zay est un personnage « jaurésien », au sens où ce grand républicain méconnu a donné sa vie à la lutte pour la paix et la justice sociale. Il prônait l’éducation et la culture pour tous.

Claude Guerre, directeur de la Maison de la poésie, qui jouait le rôle de modérateur, a présenté les deux filles de Jean Zay, Hélène Mouchard-Zay et Catherine Martin-Zay, qui ont lu des textes de leur père. L’acteur, dramaturge, Jean-Paul Wenzel (cocréateur des Fédérés, d’un théâtre populaire, à Hérisson et à Montluçon, dans les années 1970), a relaté son expérience. Puis, Emmanuel Laurentin (producteur de la Fabrique de l’histoire, à France Culture), et Antoine Prost, historien, ont débattu.

Ce dernier, auteur de livres sur Jean Zay (entre autres), a emporté l’adhésion du public par son humour (il envisage de titrer son nouvel ouvrage : De Jean Zay à Claude Allègre, son exact contraire…). Sans céder au culte du héros, il préfère évoquer un « homme de bien », à « l’intelligence prodigieuse (…) Pas plus que Jean Moulin, il n’était un héros mais un juste. Un résistant inconnu… Il faudrait créer la tombe du résistant inconnu », conclut-il.

 Guillaume Chérel

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