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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 17:35

Toutes des huit minutes un viol est commis et seulement 1% de ces crimes vont au pénal. Pire, 75000 femmes sont violées chaque année et 80% ne portent pas plainte. 

Il est grand temps de réagir !

Nous nous y prenons comme des crétins et pas comme un pays moderne. La France est devenue un petit pays sans idée et sans espérance. Nos politiques sont des contemplatifs face aux défis de la société et les crimes sexuels en sont un bon exemple.

Une victime de viol réagit de la manière suivante : soit elle est dans un tel traumatisme physique et psychique qu'elle est sidérée et ne peut rien faire, mais de toute façon elle ira consulter un médecin, soit elle se rend aux urgences ou à la police.

Et c'est déjà le début du dysfonctionnement et de la maltraitance des victimes de viol. Car ces deux systèmes publics ne travaillent pas suffisamment ensemble avec efficience, qualité et compassion pour les victimes.

J'ai vu aux urgences plus d'une victime de viol à qui on disait : "Il faut aller porter plainte", mais c'est où ? quand , et avec quelle douloureuse attente... "La police va-t-elle m'écouter ?" Les premiers soins sont indissociables de la prise en charge de ces victimes, car nous devons donner les soins sur les blessures, souvent graves, mutilantes, visibles, mais aussi assurer les préventions contre le sida, les hépatites, la contraception et le contact avec le psychiatre.

Mais la police ne vient que rarement aux urgences malgré les appels des victimes ou des soignants !

Enfin, la troisième filière, la justice, longue à n'en plus finir, et une question inconnue : combien de femmes violées se suicident-elles ? Sans doute beaucoup. En moyenne les procédures durent cinq ans ! Lorsque j'entends la ministre du Droit des femmes dire qu'elle ne peut pas grand chose, je ne suis pas d'accord. Il faut revoir l'organisation des prises en charge des crimes sexuels. J'ai proposé en juillet à Marisol Touraine que débute une concertation pour améliorer cette prise en charge entre santé, police et justice. Depuis : RIEN !

La proposition est simple : une victime de viol vient aux urgences. La police est prévenue et doit venir. Le dépôt de plainte et l'interrogatoire se font aux urgences avec l'aide de l'avocat de la victime. Ainsi les prélèvements, la prise en charge médicale psychologique et sociale est dynamique et courte. La police est là et sécurise. Les victimes devraient avoir un moyen d'être aidées à proximité du tribunal et lors des auditions dans des procédures rapides. La prise en charge psychiatrique et psychologique doit être prise en charge à 100%  par la Sécurité sociale et remboursée par la suite par le ou les agresseurs.

Si nous voulons combattre les viols, il faut commencer par ne pas abandonner les victimes et en parler, briser les tabous, c'est une urgence. Les ministres doivent passer des discours de constats à des discours politiques de modernisation et d'aide aux victimes de viol.

Patrick PELLOUX, Médecin urgentiste.

 

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