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20 octobre 2013 7 20 /10 /octobre /2013 19:31

  le 17 Octobre 2013

Les revers de l'info
 

 

Le discours de la télévision est bien rodé. Ces messieurs et ces dames bien habillés, politiques de droite ou socialistes comme « experts » divers, viennent nous expliquer qu’il est « obligatoire », « nécessaire », de faire des sacrifices, encore et toujours. La parole brute, la parole des Français, est rare. Si rare que lorsqu’elle intervient dans une émission, c’est l’explosion assurée. L’explosion qui déconcerte. L’explosion qui soulage (enfin) le téléspectateur devant son écran. Ou le public dans la salle. La semaine dernière, cette parole a réussi deux fois à franchir le seuil feutré de France 2. La première fois, dans l’émission de Pujadas, Des paroles et des actes, où Isabelle Maurer, chômeuse révoltée de Mulhouse, a taclé Jean-François Copé. Ce qui en soi est déjà jouissif. Ce qui a le plus surpris, le plus touché, sans doute, c’est sa révolte, venue des tripes, pour dénoncer la situation de précarité et de pauvreté de millions de Français. La force d’Isabelle Maurer, ça a été de dire, haut et fort, ce qui paraît une évidence pour la plupart des Français, et semble si lointain de nos édiles, comme le fait de ne pas pouvoir vivre avec 470 euros par mois. « Remettez peut-être les gens, l’humain au départ de la chose, et vous verrez que ça ira beaucoup, beaucoup mieux », a-t-elle asséné à un Copé confit de suffisance. « S’il veut, j’invite monsieur Copé à Peugeot avec mon fils, et il verra s’il pense réellement qu’on peut bosser jusqu’à 63 ans ! » s’est-elle exclamée. Samedi soir, c’était au jeune chanteur Soan, dans l’émission de Laurent Ruquier On n’est pas couché, de créer cet appel d’air. Alors que Jean-Claude Dassier, ex-patron de l’OM et de la chaîne LCI, s’insurgeait du travail le dimanche, à partir d’un dessin de Babouse paru dans l’Humanité, Soan s’est écrié : « Ils ne veulent pas travailler, du pognon leur suffirait ! » Dassier proteste, Soan sort de ses gonds : « Vous vous rendez compte comme c’est choquant d’avoir un mec qui touche 90 000 balles par mois, qui est en train de dire aux gens : 
“Faut aller bosser le dimanche ?”» ­Ruquier tente de ménager la chèvre et le chou, Soan s’emporte : « Tout le monde sait autour de cette table qu’il y a de l’argent pour tout le monde. (...) Donc le peuple français, on est en train de lui dire, un samedi soir à la télé, d’abandonner encore un peu plus sa fierté, et de bien fermer sa gueule, et de faire le ménage en rentrant le dimanche soir ? » Il assène : «  Être concret, c’est relever la tête et se battre aussi. Che Guevara n’a pas dit : “On peut pas faire ça parce qu’il y a grève de métro.” À un moment, il faut se bouger le cul pour défendre ses acquis ! » C’est brut, c’est pas habituel, et c’est bon.

Caroline Constant

 

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